Archives mensuelles : mars 2016

Le son c’est bien. Mais avec l’image…

Un petit clip « Art et Essai ». Première tentative hasardeuse de mettre en image une de mes chansons. J’ai choisi (forcément) « Quitter le monde »

Mars (en mars)

ray-bradbury-1
« More than night,  when I was 12 years old, I looked at planet march and i said « take me home ! » and the planet march took me home and I never came back.
and I read every day and the last seventy five years, I’d never stop reading »

(« Pendant la nuit, quand j’avais 12 ans, je regardais la planète Mars et je lui avait dit « Emmène-moi chez toi », et Mars m’a emmené chez elle et je ne suis jamais revenu.
Et je lis tous les jours depuis les soixante-quinze dernières années, je n’ai jamais arrêter de lire. »
Texte retranscrit d’oreille à partir de mon niveau d’anglais très limité. Si quelqu’un comprend mieux que moi ce qu’il dit, n’hésitez pas à me le signaler)

C’est la voix de Ray Bradbury que j’ai souhaité ajouter dans ma chanson.
Sa littérature est complètement imprégnée de cette mélancolie, d’une forme de tendresse finalement plutôt rare dans la littérature de SF. Je ne peux qu’encourager le néophyte de ce style littéraire à franchir le pas avec cet auteur. Bradbury est un ethnologue de l’altérité. Une des constantes de son oeuvre est le double regard, le miroir qui nous fait prendre conscience que nous sommes aussi étrange pour l’autre qu’il ne l’est pour nous.

Ma chanson évoque deux nouvelles du recueil « Chroniques martiennes » paru en 1950. Bradbury n’y cherche aucune vraisemblance. Il nous compte juste une colonisation de plus, la même histoire que celles des civilisations d’Amérique du sud qui disparurent avec l’arrivée des colons.  Les « conquêtes » de nouveaux territoires sont des violences faîtes au autochtones. L’histoire y est écrite à coup de malentendus, de destruction, de transmission de maladie (En Amérique, la syphilis, sur Mars, la varicelle, une maladie d’enfants), d’assimilation et de négation d’identité.
Ray Bradbury nous raconte pourtant les premières expéditions sur Mars avec tendresse et humour, et surtout avec la perspective des deux camps, l’étrangeté ressentie par les martiens lorsque les premiers spationautes atterrissent (amarsissent ?).

J’ai choisi de m’attarder sur la première rencontre qui faillit être une histoire d’amour interplanétaire et qui finit comme une tragédie domestique. L’air inconnu (pour elle) que fredonne Ylla (qu’elle entend sans le comprendre car elle ignore qu’elle est télépathe) explique le thème de mes refrains « Plaisir d’amour ».
Le dernier couplet évoque la fin magnifique du recueil : les martiens sont morts ! Voici les martiens.

Il ne vous reste plus qu’à lire (ou relire, je l’espère) ces pages pour retrouver mes références.

 

« science sans conscience…

Science-fiction

…n’est que ruine de l’âme.  »

La phrase de Rabelais prend-elle tout son sens à notre époque ?

La science fiction est un genre littéraire sous estimé par beaucoup de lecteurs pourtant assidus à d’autres styles littéraires. Elle est reléguée au rang d’une sous-littérature ludique et superficielle par la plupart de ceux qui paradoxalement n’ont jamais ouvert un livre de SF.
Sans oublier que beaucoup confondent les genres pourtant radicalement différents que sont la science-fiction (Isaac Asimov, Pierre Boule, Arthur C.Clarke, Phillip K.Dick …) le fantastique (Lovecraft, Edgar Alan Poe, Maupassant…), le fantasy (Tolkien), l’épouvante (Stephen King), etc.
On retrouve la même confusion dans le cinéma.

Alors que le fantastique nous propose une exploration des fantasmes de notre inconscient dans notre quotidien ou dans des mondes irréalisables, qu’il introduit une variante improbable dans notre ordinaire et observe comment nous réagirions, la science-fiction joue les oracles, voire parfois les cassandres.

Pour moi, la science fiction est très souvent philosophique, car elle cherche à donner du sens à l’absurdité de notre monde. Elle est très contemporaine puisque le terme « science » qu’elle contient est à comprendre dans sa définition du XXème siècle, c’est à dire comme une connaissance positive et souvent technologique, acquise par l’expérimentation et l’observation.

Bien sûr, certains thèmes sont en bordure de cette définition. Le voyage dans le temps par exemple est-il du côté du fantastique ou de la science-fiction ? Je répondrais qu’il est fantastique dans le très bon roman de Stephen King « 22-11-63 » (actuellement décliné en série télévisée au USA) et qu’il est de la science-fiction dans le non-moins excellent film de Christopher Nolan « insterstellar ». Il est donc vrai que ces genres sont apparentés.

Mais les questions posées ne sont pas les mêmes. Dans son œuvre (un peu réactionnaire pour moi, pour tout vous dire), René Barjavel, l’un des grands auteurs de SF français, nous adresse des avertissements : Dans « Ravage », il pointe du doigt les dangers de la modernité gratuite. Dans « la nuit des temps » et « une rose au paradis », il dénonce les dérives du progrès et de la course aux armements. Dans « le grand secret », il nous parle d’une science qui ouvre la boîte de Pandore de l’immortalité.

Et c’est bien là le grand mérite de la science fiction : nous montrer, nous amener à voir un avenir proche où nous perdrions le contrôle de cette science si quotidienne mais qui contiendrait en elle les germes de notre propre fin.
Je ne dis pas que la science-fiction est toujours pessimiste. Ce serait dire qu’elle n’est que moraliste. Elle est même souvent optimiste car elle dit que tout est possible si nous prenons conscience des risques qui côtoient immanquablement tout changement.

De ce fait, est-t-il un genre littéraire plus essentiel qu’un livre qui nous offre à la fois le rêve et la réflexion ?

Après cette introduction au genre, je vous parlerai de Ray Bradbury et de ses « Chroniques martiennes » dans mon prochain article.