La mémoire neuve

Parmi tous les artistes français, certains parviennent à tracer leur route depuis des années (voire même des dizaines d’années) sans se plier au cirque médiatique. Ils remplissent des salles de concert (Hubert Félix Thiéfaine). Ils publient des albums splendides (Clarika). Je ne sais pas s’ils refusent vraiment la popularité mais leurs œuvres n’ont rien à envier à celles d’autres ni forcément meilleures, ni forcément moins bonnes.
Ce serait peut-être naïf de penser que la qualité d’une oeuvre se mesure de façon inversement proportionnelle à sa célébration par le plus grand nombre. Comme si quantité et qualité étaient incompatibles. Nous sommes tous des consommateurs avant tout.
Alors pourquoi aller chercher plus loin, plus profondément, plus caché, ce qui pourrait nous convenir ? A quoi bon passer du temps à découvrir quand ce qu’on nous met sous les yeux convient déjà à nos oreilles ? Comme pour un produit commercial standard, notre manque de curiosité ne nous prive pas forcément des bonnes choses mais il nous prive de l’occasion de choisir, de faire foisonner le bouillon culturel.
Nous n’avons plus l’excuse de nos parents qui n’avaient que quelques radios à écouter. Pour ma part, enfant de la FM, j’ai déjà moins de motifs d’être ignorant. Mais aujourd’hui, chaque chansons, chaque musique devrait avoir sa chance.
Et pourtant, ce qui aurait dû être le pouvoir rendu à l’initiative individuelle a été très vite repris en main par les mêmes intérêts qu’hier. C’est de nouveau la loi du massif qui domine, celle de la pensée unique ou au mieux alternative à deux positions (j’aime/j’aime pas). On like mais on ne donne un pouce que du bout du doigt. On met finalement toujours les oeuvres à l’index.

Bon, après cette longue intro, je vous propose une nouvelle reprise. C’est à Dominique A que nous nous frottons cette fois. Espérons que ce contact ne le ferait pas rougir.  Ce texte est, pour moi, l’un des plus beaux et des plus émouvants de la chanson française de ces 25 dernières années.

 

Place de mon coeur

Allez, un peu de rock !

Deuxième reprise : « Place de mon coeur ». Première chanson de l’excellent 5ème album de 2012 « Foule monstre » du non-moins excellent groupe français « Eiffel »

Notre album a désormais un nom
« De fil en aiguille » (cherchez, cherchez !)

et une pochette

Pour vous faire une idée, la version originale, c’est là : clip

Into The Wood

Vous ne mettrez pas bien longtemps à découvrir qui se cache derrière cet anglicisme en forme de clin d’oeil à notre patronyme. Quoiqu’il en soit, comme je l’avais annoncé dans l’un de mes derniers articles, voici venu le moment de commencer à vous faire découvrir notre album de reprise. Sève a choisi les titres. Parfois, j’ai dit non. Parfois j’ai dit « super » ! Parfois j’ai dit « ok on essaye mais c’est bien parce que j’ai déjà dit non 2 fois ».

Les 10 titres déjà quasiment terminés sont en phase de rodage et de fignolage. Nous espérons vraiment vous surprendre avec un répertoire francophone très éclectique. Nous ne nous sommes rien interdit.

Un des titres est selon moi terminé. Je vous le propose donc en avant première (l’art du teasing ). Bonne écoute. Nous attendons vos retours.

 

La faim du début

JeanSol
Ce petit pincement au cœur, je le ressens souvent lorsque se termine pour moi l’aventure qu’aura été la création d’un album de bout en bout.
Pourquoi faire des chansons ?
Je pense que ça vient à beaucoup d’entre nous (je parle des auteurs et musiciens amateurs). Mais pourquoi m’astreindre à cet exercice finalement assez futile au vu du nombre d’auditeurs que j’arrive à attirer dans mes filets de voix ?
Un album comme celui que vous venez peut-être d’écouter et de lire, c’est d’abord une écriture de textes (le plus souvent) et des accords qui viennent au cours des flâneries guitaristiques. La rencontre avec la mélodie se fait ensuite, lorsque déjà la musique et la parole ont une forme bien avancée. La plupart du temps, la chanson est bien construite avant que je n’envisage le début de la prise de son.
Ensuite, il faut lui imaginer une ambiance. Sera-t-elle rapide ou lente ? Instrumentée ou épurée ? piano ? Guitare ou Guitares ? Sève ou Chris au chant (une décision qui doit se prendre tôt car nous chantons à une différence d’environ 2 tons et demi) ? Courte ou longue (là c’est souvent la seconde option…). Il m’est arrivé d’avoir presque fini une version pour tout recommencer à zéro avec une approche radicalement différente.
Souvent, il y a une ligne de batterie très simple en boucle. La guitare est posée pour caler les éléments du texte, imaginer les séquences, les refrains (quand il y en a) et commencer à envisager une structure d’ensemble. La basse est enregistrée puis la voix. A partir de ce brouillon très basique, les idées peuvent commencer à venir : Choix des guitares, folk, électrique (telecaster ou aria), classique. Piano, synthé. Recherche des sons. Dès que tout cela commence à prendre forme, il y a une seconde prise de son pour la guitare, la basse et la voix. La batterie est alors construite pour créer un véritable arrangement. A partir de cette chanson qui commence à ressembler à sa version finale, il y a de nombreux essais d’effets, de son pour les instruments, les voix. C’est à ce moment que la chanson commence à avoir sa couleur. Il faut de toute façon renoncer à la perfection. Comme en beaucoup de chose, sa quête est désespérante. Il y a donc un moment où la décision de ne pas pousser plus loin doit être prise.
C’est là qu’une version définitive de la guitare rythmique, de la basse et de la voix est enregistrée.
Une fois ces dernières prises de sons réalisées, il faut écouter et écouter jusqu’à ce que les oreilles demandent grâce. Ça s’appelle le mixage et le mastering.
En général, il y a une dizaine de chansons faites dans ces conditions. Le mixage final peut être fait à la fin de chaque titre mais je préfère finaliser les arrangements d’un album dans un temps plus ramassé pour obtenir plus de cohérence. Quand je suis dans cette phase dans laquelle je dois imaginer l’ordre idéal des chansons, la pochette, les commentaires sur les chansons, le livret de l’album, je m’offre une petite récréation en commençant à créer les chansons de l’album suivant. Je fais donc ça en concomitance.
Ce dernier travail est long et il exige du temps et de la patience car je ne reviendrai plus sur ce que j’aurai fait. Il faut écouter les chansons dans un maximum d’environnement pour détecter les anomalies : ampli de qualité, voiture, lecteur MP3, enceinte d’ordinateur portable. Tout ça pour m’assurer (et me rassurer) en imaginant que vous entendrez ce que je voulais vous faire entendre.

Mais je ne réponds pas ainsi à ma question de début, voire j’amplifie l’interrogation. Pourquoi tout ça pour si peu ? Outre l’aspect purement narcissique qui est indéniable, je ne vois pas d’autre façon de faire de la musique. Je ne suis décidément pas un artiste de scène. Cette manière que j’ai de jalonner mon aventure intime de séquence à coup d’albums, c’est une façon comme une autre de garder une trace de cette existence de musicien de l’ombre. De plus, je sais qu’il y a des personnes qui aiment ce que je fais. Aussi peu soient-elles, ça justifie amplement tout ce déploiement de moyen. N’y aurait-il plus que Sève pour m’écouter, ça me suffirait absolument.

Voici donc fini cet épisode de « Ere de Je », mais si vous avez lu attentivement cet article (vous pouvez le relire si ça n’est pas le cas), vous devez penser que j’ai déjà commencé quelque chose. Et vous vous trompez car j’ai en fait quasiment fini quelque chose. Je suis à la dernière étape de « Le soliloque ». Les chansons faites. Il ne me reste plus que quelques retouches et la pochette à créer.

Donc, si ce journal vous a plu, je vous propose de reprendre cet exercice très prochainement.

Merci à tous pour vos encouragements, vos remarques voire vos silences que j’ai pris avec toute la bienveillance possible.
Merci à Daphné et Caroline, mes deux abonnées chéries
Merci à Bertrand pour ses commentaires oraux (j’attends toujours la version écrite)
Merci à Sandrine et Christophe qui partagent presque toujours mes articles
Merci à Raphaël pour sa petite voix dans « Lire »
Merci à Sève surtout

Le début de la fin (feat. Raphaël)

lire

Voici donc venu le moment de vous présenter la dernière chanson de l’album.
L’idée du projet m’est venue en 2012.
Les dernières chansons ont été écrites en 2014 et la réalisation s’est achevée en 2015.
Comme je l’avais expliqué au tout début de ces articles, l’idée a été d’écrire sur les livres que j’ai aimés. La première chanson était une introduction autobiographique. La dernière est fiction (pour ceux qui auraient pu se le demander).

« Lire » est réellement une apologie de la lecture, le message que, sans elle, nous sommes abandonnés à nous-même et à la merci des autres. L’ordonnance de Villers-Cotterets par laquelle François 1er imposa en 1539 le français comme la langue dans laquelle les actes juridiques devraient être transcrits signifie bien l’importance qu’il y a à savoir lire.
C’est pouvoir se défendre, prouver, comparer autant que simplement s’instruire (je goûte là un quasi-oxymore car s’instruire peut-il être simple ?).

« Lire » est une pièce en 3 actes. Une sorte de tragédie classique. Mon personnage raconte sa déchéance (j’en ai connu qui occupaient vraiment l’heure de cours à cocher une case de leur cahier toutes les minutes. Au bout de 60 croix, le cours est donc terminé), sa lutte  et sa victoire. Et c’est son enfant et à travers lui son enfance même qui le sauve car c’est aussi de ses premiers moments de lecture que lui viennent sa capacité à réapprendre à lire. On m’a affirmé que la lecture ne peut être oubliée et que pour cette raison on ne peut pas réapprendre quelque chose qu’on n’a pas perdu. Je rencontre pourtant assez souvent des personnes pour qui la lecture est devenue une étrangère, qui mettent en place des stratégies très complexes pour fuir les occasions d’avoir à lire, et qui de ce fait, fatalement, se dé-sociabilisent, s’excluent des décisions et se replient sur elles-mêmes.

Pour cela, « Lire » est aussi un hymne à l’apprentissage et à la conservation de ce savoir qu’est la lecture. Et donc indirectement, c’est un hymne à l’école. Je me demande ce qui serait advenu de ce petit garçon imaginaire s’il avait vécu dans un pays où l’école n’est pas obligatoire. Son parent qui a renoncé à lire aurait-il eu l’envie de lui fournir cet outil malgré tout ? Quand l’enfant créé chez son père cette réaction (un sursaut d’orgueil ?), c’est l’école qui gagne 2 fois, pour l’enfant et pour sa famille.

Demandez vous si vous lisez assez.
Demandez vous si, autour de vous, beaucoup de gens lisent.
Demandez vous pourquoi certains ne lisent pas et essayez de leur communiquer cette envie.

Lorsque j’écris seul ces quelques phrases, à la manière de ces interpellations ridicules sur les murs de facebook (« mets un like et je saurai que tu lis mes posts…), je me demande aussi qui me lit.

J’espère surtout que ces dix chansons vous auront donné une vraie envie de lire.