Pour une fois, je ne vais pas parler de notre musique mais de celle de ceux que j’aime.
Ortiiie est de ceux-là.
Ortiiie ce n’est pas pour la soupe
Ortiiie c’est un peu urticant
Ortiiie c’est aussi un baume contre le banal
Ortiiie comme un cri qui dit ouiii
Ortiiie ce sont des mots surtout et une musique minimale qui tourne et retourne
Ortiiie ne se fane pas même avec les chaleurs de l’été
Lionel a l’accent pour dire « tu es fanny » dans un film de Pagnol (oui je sais l’accent de Marseille et celui de Meyral mais pour mes oreilles bretonnes, ça chante pareil)
Patrice jongle entre les instruments probablement improbables. Vous les connaissez mais vous ne les reconnaissez pas tout à fait
Christophe effleure de ses baguettes des cymbales dociles et dompte des machines étranges et électroniques
3 sessions à écouter sur ce site.
Je suis un peu responsable de la seconde pour l’avoir enregistrée et mixée en avril 2024.
Comme les « i » le disent, ils étaient trois mais ça n’a rien de permanent. La preuve en ce moment, ils sont deux mais pas d’Ortiie pour autant.
Denis nous a rendu visite et nous avons profité de ce moment pour finir une chanson que nous avions commencée en 2024. Voici donc « Oiseau de nuit », écrite, composée et chanté par Denis Breulles.
Nous nous sommes connus il y a si longtemps qu’il n’existe aucune photo de cette rencontre. Comme ça, vous n’êtes pas obligés de croire qu’elle a vraiment existé. Et pourtant, elle a eu lieu dans une époque qui semble faire fantasmer tant de monde en ce moment : les années 80 ! Alors là moi je vous l’dis, j’y étais et je n’y retournerais pour rien au monde : la peur de la guerre nucléaire (bien plus qu’en ce moment), le SIDA qui nous bousille nos premiers émois, les cols roulés qui grattent et un catalogue de trucs que je préfère passer sous silence. Mais il y a eu un tas de rencontres qui ont compté pour toute ma vie. Sève, bien sûr, d’abord mais aussi Denis. Ce gars avait un air vraiment cool, garçon « salopette et sabots ». On s’est rencontré dans des soirées de lycéens complexés cherchant une raison de ne plus l’être. On s’est retrouvé autour de la musique. ça n’était pas vraiment sérieux (encore heureux) mais ça comptait beaucoup de se trouver des alter égaux. Nous avons alors composé l’ineffable « Blues du pipi sur le palier » que je ne vous ferai pas l’affront de vous faire écouter sauf si vous venez boire une bière un jour à la maison.
Comme tant d’amitiés adolescentes, Denis a disparu de mes radars avec le départ pour les études, lui en BTS et moi vers Dijon et la philo.
Il aura suffit d’un like sur Facebook 25 ans plus tard et d’une invitation sur le chemin du retour des vacances vers la Bretagne (oui, nous, on rentrait en Bretagne quand les vacances étaient finies, vous êtes jaloux, hein ?) pour que cette amitié timide prenne enfin la dimension qu’elle s’était refusée à réaliser dans notre jeunesse. Depuis ces retrouvailles, nous consommons nos complicités et nous fabriquons à un rythme plus que raisonnable des chansons et nous les enregistrons encore plus lentement. Voilà pourquoi, ce n’est que la 2ème… Si vous aimez, comme d’hab, il suffit de partager. Si vous voulez dire un truc à Denis, je passerai le message.
Après cette rencontre presque fortuite, j’ai finalisé la chanson évoquée subséquemment (hein Sève :)).
J’ai réfléchi pour l’inviter à participer (Savait-elle chanter ? Aurait-elle besoin d’un coach ?). Il fallait que je trouve comment l’émuler, extraire son potentiel.
Je me suis tourné vers des membres de sa famille.
Son demi-frère, Fiverr m’a tout de suite demandé mon nom et où je vivais. J’ai senti que je le dérangeais.
Son cousin, Vidnoz m’a proposé de plutôt faire chanter un président de la République (un actuel et même deux anciens !), un footballeur et même Edith Piaf.
Non, c’est elle que je voulais pour chanter avec Sève et personne d’autre.
Finalement, c’est son oncle Balabolka qui a trouvé le moyen de la convaincre. Il m’a demandé de lui donner le texte qu’elle avait écrit. Et puis, comme par magie, il l’a fait parler. Mais juste parler.
J’ai précieusement recueilli cette voix sortie d’aucune gorge, dés-anéantie par la technologie, pandorisée par un algorithme, galatéïfiée sans l’intervention d’Aphrodite.
Je l’ai confiée à Cubase et ensemble, nous avons mis des notes sur ses mots.
Alors que sa parole semblait inhumaine, son chant m’a ému et m’a presque fait oublier qu’elle n’existe pas . Et pire encore, sa petite voix d’enfant efface la violence terrible des mots qu’elle a écrits pour moi.
Je vous laisse donc découvrir cette nouvelle chanson de Aurore.
J’ai fait la musique et écrit le texte que Sève chante. Liya a fait le reste.
Je me souviens très bien de la sensation que j’ai ressentie quand Sève a été infectée par le Covid 19.
Nous n’étions déjà plus confinés et nous avions, tant bien que mal, réussi à passer à travers les mailles de la contagion.
Souvenez vous.
Depuis plus d’un an, bons petits soldats, pas réfractaires pour 2 sous quand il s’agit de notre santé et de celle des autres, nous avions non élégamment porté nos masques aux couleurs improbables. N’allant quand même pas en faire, comme certains, le nouvel accessoire fashion de la saison Printemps/été 2020.
Nous avions frotté frénétiquement nos mains avec des produits qu’on nous proposait aux coins des rues, à l’entrée des boutiques et même au travail, mendiants d’un nouveau genre glanant le fluide salvateur, élixir non consommable mais si cher à notre immunité.
Rappelez vous
Nous avions respecté les horaires de promenade, calculé la distanciation raisonnable au centimètre près. Nous avions pris l’air (pur ?) à tour de rôle, tout en frémissant à l’idée que la police ne vienne contrôler un pass périmé depuis dix minutes.
Oubliez
Nous avions entendu, écouté que nous étions en guerre mais que tout irait bien sans compter.
Nous avions espéré qu’un marabout ait raison (2 secondes) et puis attendu qu’on le fasse taire.
Nous n’avions pas applaudi car le spectacle n’était pas bon. Les acteurs attendaient qu’on les aide, pas qu’on les encourage.
Et puis
Nous avions fait la queue virtuelle puis réelle pour obtenir le sésame et sortir enfin de la caverne. La douleur du deltoïde du voisin créait de nouvelles rencontres. « C’est votre première dose ? Vous verrez on ne sent presque rien. L’infirmière est une experte. »
Nous avions scruté le sens de la courbe, espérant qu’elle s’inverse enfin. Nous avons attendu qu’il n’en reste que des statistiques.
Presque à l’horizon de ce corridor, nous y avons cru égoïstement : » ouf ! pas nous »
Mais, un jour comme un autre, Sève tousse. Bien sûr elle est vaccinée mais j’ai peur car il n’y a rien de plus désarmant que de voir ceux qu’on aime entrer dans l’inconnu.
Après une petite torture nasale et 15 minutes d’attente bien plus longues que 900 secondes, c’est là .
Il faut s’y résigner et ne pas paniquer.
Nous l’avons isolée du mieux que nous avons pu en espérant qu’elle sentirait notre présence à travers les murs.
Elle s’est recluse comme une ermite, acceptant l’aumône que nous déposions à sa porte.
Nous nous sommes ensuite écoutés pour percevoir l’émergence du premier symptôme chez nous. Mais rien n’est venu. La roulette russe génétique.
Et une nuit, seul dans le lit trop grand, je me suis imaginé les étapes qu’un organisme minuscule avait franchi sur des milliers de kilomètre, de main en main, de nez à nez, de bouche à bouche pour venir s’inviter dans l’organisme de Sève. Il était tombé là presque par hasard. Même si nous ressentions une culpabilité d’avoir baissé la garde trop tôt.
Il fallait tenir bon. Espérer.
Bon, trop mélo, je sais, puisqu’elle va très bien et a plutôt vite guérie. Mais qui aurait fait le malin à notre place ?
Cette chanson est née de cet instant, la nuit insomniaque à une heure du matin. Une phrase qui vient, puis une seconde. Et il faut se relever pour les noter de peur de les oublier.
Ceux qui prendront le temps de lire le texte auront peut-être besoin d’une ou deux explications (le texte est ici):
Pour le titre, c’est Sève qui me l’a suggéré. Elle m’a indiqué que c’était la première appellation du virus à l’état de « préoccupant (variant of concern)« . Je trouve qu’il sonne bien et qu’il est beaucoup mieux que celui que j’avais imaginé initialement (« Ainsi »)
Pour partager la chanson et qu’elle devienne virale, il y a ce site, la page youtube et toutes les plateformes (Deezer, Spotify, Apple Music…)
Je vous livre aussi ce qui devait être initialement le refrain mais que nous n’avons pas gardé : « Pourtant je fus atteint
De nez en nez
De bouche en bouche De main en main
Le petit roi perdra-t-il sa couronne.
Chacun spécule sur qui le remplacera. »
Voici une illustration supplémentaire que nous n’avons pas gardée.
ça y est ! J’ai fini l’album.
Je me rends compte qu’il a été commencé en 2015.
Je vous présente donc aujourd’hui la toute dernière chanson de cette série de 17 titres.
Je publierai dans quelques jours un article pour présenter l’ensemble de l’album en racontant les hésitations, les changements, le travail et le re-travail.
Mais aujourd’hui, voici « La parodie du bonheur ». Une chanson bien plus calme que tout ce que j’ai pu vous proposer auparavant.
Il en existe déjà une version avec Pascalie sur notre album « C la violence » sous le titre de « Pauvre partenaire »