Rejoindre ce monde

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« Quitter le monde » est sans doute la chanson par laquelle le projet d’écrire un album entier sur le thème de mes lectures est né. Pourtant, 3 des chansons des 10 sont plus anciennes (« L’aleph », « lire » et « El Desdichado ») mais on peut dire que leur émergence a été fortuite, non issue de l’intention d’écrire dans cette perspective.

L’évocation du texte de la deuxième chanson est très intime. J’ai écrit sous l’emprise d’une grande angoisse, une période sombre de mon existence. C’est un lieu commun que de déclarer que la plupart des auteurs ont besoin d’une ambiance particulière pour se mettre devant une feuille blanche et la remplir. Pour moi, c’est simplement une solitude longue et installée mais sans ennui. Pas facile évidemment comme le penseront ceux qui connaissent mon univers personnel… Mais j’y arrive… parfois.

« Quitter le monde » s’impose sans doute comme un hymne à mon propre appel dans ce sens, ce cri que j’ai eu moi aussi à ce moment paroxysmique d’abandon à la peur. Mais même si j’écris proche du spleen, je n’écris pas en son sein. Je profite de sa queue de comète. C’est donc plus fort qu’il n’y paraît que j’évoque mes épisodes.

Pour installer le texte sur ce livre de Douglas Kennedy, j’ai inventé un personnage supplémentaire qui n’existait pas. J’ai imaginé une rencontre furtive sur la route de la fuite en avant de Jane. Et en fait, j’ai pu m’adresser à elle avec les sentiments que m’inspirent son désespoir. Cette culpabilité qu’elle s’inflige, je la connais bien. Ami, amant d’un soir, peu importe. Jane reste absente. Elle n’est pas présente au monde, déjà. « Je » lui parle comme si elle était un fantôme. Elle, elle ne s’adresse jamais au fantôme de sa fille.
Jane impose une distance. Elle rayonne de sa souffrance, comme on a pu me dire à moi aussi durant ces quelques mois de 2012. Elle en est inaccessible parce qu’elle refuse d’être pardonnée. Elle ne veut plus être aimée .
Qu’est ce qui nous repousse chez elle ? Sa douleur ou la crainte qu’elle soit contagieuse ? Nous sommes peut-être capable de prendre sur nous une petite partie de cette douleur mais il y a une limite à ça, l’appréhension qu’elle nous remplisse jusqu’à nous submerger.

Pour ceux que la chanson donnera envie de lire le livre, je ne raconterai pas l’histoire. Douglas Kennedy est un auteur mal étiqueté selon moi, trop souvent assimilé aux auteurs de romans de gare. Pourtant, toutes ces histoires ont un point commun, ses personnages ne sont pas des héros et leur « aventure » leur laisse de profondes cicatrices. Ils devront abandonner une partie importante d’eux-mêmes pour continuer leur vie.

Jane m’a touché car elle est une anti-héroïne, comme l’est aussi Thérésa dont je parlerai plus tard. Ces femmes ne sont pas des victimes car elles ont su faire leurs choix. Mais elles ont découvert à leur dépend le sens du sacrifice personnel.

Le texte « Quitter le monde » est aussi une expérience inédite pour moi car je parle d’une rencontre imaginaire. Je m’installe dans l’histoire de l’auteur, un peu comme un squatteur. Mon intrusion, je ne l’assume pas complètement car je n’ose pas expliciter la nature même de mon intimité avec Jane. J’ai même le sentiment que je ne mériterais pas d’être auprès d’elle. Je devais donc la laisser repartir. C’était indispensable. Pour elle. Pour moi.

 

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